Dernier voyage de cette année de vadrouille, le royaume de Tonga fut surprenant à tous les égards. Atterrissage au milieu de la cambrousse, les trois compagnons dégainent le Lonely Planet. Mais très vite, on comprend que la seule chose que le Lonely Planet 2006 peut nous apprendre, c'est à quel point les choses changent en trois ans, dans un pays comme Tonga.
Après avoir entendu parler de Fiji, de Rarotonga, après avoir vu Tahiti, je m'attendais à un certain niveau de développement. Infrastructures? Industrie touristique? Tout ça n'est pas descendu jusqu'à Tonga, avec les avantages et inconvénients que cela implique. Coté culture, plutôt intact. Les gens, plus encore qu'à Tahiti, sont accueillants, heureux d'aider des touristes perdus, adorables. Ca peut paraître idiot, mais ne pas voir de Mac Do ni de Starbucks ou encore de L'Occitane en Provence (oui parce qu'ils sont partout figurez-vous...), c'est rafraîchissant. En revanche, quand il s'agit de s'orienter, de se déplacer, de se loger, les choses se compliquent. L'Union Européenne qui, pour des raisons qui m'échappent, y finance les routes, n'en n'a manifestement pas pour son argent. But let's be fair, tout ça a un charme fou.
Bien peu dépaysant, l'omniprésence chinoise, et la xénophobie rampante. En quittant l'aéroport après avoir renoncé à prendre un vol domestique pour les lointaines îles Ha'apai, nous avions l'intention de nous installer chez Angela's. C'était sans compter notre chauffeur, qui nous aurait emmené aux quatre coins de l'île pour éviter cette guesthouse en particulier. "Angela's? They're chinese... I'll show you some other places". Quant aux épiceries du coin, uniques lieu de ravitaillement sur l'île, elles appartiennent toutes vous l'aurez deviné, aux chinois. Déjà vu. Difficulté inattendue. Les tongais se nourrissent essentiellement de leurs jardins, où gambadent des cochons, où gisent des centaines de noix de coco, où poussent des bananes, des urus (fruits à pain), et bon nombre de racines locales. Il nous a fallu comprendre que les spaghettis ne sont pas un plat simple partout. Nous nous sommes donc initiés aux habitudes culinaires locales. On s'enquiert de la manière de cuisiner le tapioca, et s'en voit offrir. On cherche à acheter du taro, et à nouveau on nous en donne. Les tongais sont généreux, sans doute plus que ce qu'ils ne peuvent se permettre.
La capitale Nuku'Alofa, une petite journée a suffi pour en faire le tour. Au delà de quelques Eglises, de la résidence du roi et des tombes sacrées où les vils touristes que nous sommes se sont aventurés sans réaliser que c'est l'endroit tapu par excellence, rien de bien intéressant. La ville est un peu sale, le front de mer est parsemé de batîsses délabrées ou à l'abandon.
Dès le lendemain, malgré les mises en garde de Sela, notre adorable hôte, nous avons pris la route pour Kolovai, baluchon surdimensionné sur le dos, paré à l'assaut du parcours du combattant. Tahiti all over again. Les bus tongais n'ont rien à envier aux trucks tahitiens. C'est dire notre soulagement en arrivant au Good Samaritan Inn, après 45 min à attendre le bus, et malgré l'aide des locaux chaleureux comme à leur habitude, après un trajet épique dans un bus bondé, après quelques kms de marche, chargés comme des baudets. C'est le moment que choisit mon pied plat pour manifester son mécontentement, et bien sûr j'ai oublié mes semelles. Mais le soulagement est de courte durée, la guesthouse est à l'abandon. Seules deux interlocutrices: deux femmes de ménage balbutiant à peine l'anglais. On finit par appeler la patronne, qui nous autorise à camper pour un prix ridiculement élevé compte tenu de l'absence d'aménités. Le Lonely Planet décrivait cet endroit comme THE place to be. Le rendez-vous des touristes aussi bien que des locaux, pour un déjeuner sur la jolie terrasse, pour le show culturel du vendredi soir. De retour à Nuku'Alofa, Sela m'expliquera qu'il y a quelques années, c'était le restaurant préféré du roi pour un repas à l'ombre des palmiers. Les choses changent. Nous ne prenons pas même la peine de demander si le show culturel existe toujours, et profitons d'une plage malgré tout magnifique. Mais les apparences sont parfois trompeuses, et le bâtiment délabré se transforme au fil de l'après-midi en une jolie salle des fêtes décorée de fleurs exubérantes. Un show tongais plutôt chouette a bien lieu, et c'est la découverte d'une coutume singulière. Au beau milieu du spectacle, des locaux se lèvent, en main quelques billets qu'ils glissent dans le collier ou le t-shirt des danseurs.
Puis, une fois de plus un trajet épique; cette fois en ferry. Après plus de trois très longues heures sur un ferry rouillé, ballotés par une forte houle au sortir du lagon, nous débarquons sur E'ua, petite île volcanique. Plus encore qu'à Tongatapu, c'est la découverte d'un autre monde. Un vie de village très peu influencée par l'extérieur, une vie de communauté et à nouveau une démonstration de générosité. Revers de la médaille: le désoeuvrement des jeunes. Il n'y a manifestement rien à faire pour la jeunesse à E'ua. Pas de boulot surtout. Les jeunes semblent errer sans but dans les villages. Taina's place où nous logeons est un endroit absolument charmant tenu par une famille adorable. Le dimanche, le père nous emmène avec lui à l'Eglise, et avant la messe, à la cérémonie de Kava. Malheureusement, les hommes et les femmes ne boivent généralement pas le kava ensemble, et seul Lukas a pu participer. La messe? Même en ne comprenant pas un mot de Tongais, c'était...une expérience. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'ils y mettent du coeur. Ils chantent à pleine voix, donnent (très) généreusement à la quête, bien plus que ce qu'ils peuvent se permettre. Le prêtre a fini son sermon en larmes. Nous n'avions pas encore apprécié l'ampleur de l'influence de l'Eglise. Pourtant, quelques indices nous avaient mis sur la voix. Notamment, un bâtiment curieux, flambant neuf, trouvé à l'identique aux quatre coins de Tonga. Une église, une école, l'unique réverbère de l'île; un ensemble standardisé qui ne cadre pas dans le décor. Après enquête, il s'est avéré qu'un groupe de mormons américains financent ça. Euh pardon? Sommes-nous donc naïfs.
Fin de séjour calme, consacrée à trouver des coraux vivants (pour changer). Nous avons finalement vaincu la pollution/réchauffement climatique/montée des eaux; au péril de notre porte-feuille. C'est que les propriétaires allemands de l'île Fafa sont bien conscients du trésor que recèle leur lagon, et ils le monnayent chèrement. Au moins, on n'a pas regretté d'avoir trimballé palmes, masques et tubas.
Une semaine pleine de sentiments partagés, en somme. Amitiés pour ce peuple accueillant, regards émerveillés devant ces îles paradisiaques stéréotypiques du Pacifique, regards songeurs face à l'envers du décor, fascination pour cette vie si différente, que pour ne pas sembler désobligeante je n'appellerai pas d'un autre temps.
Les photos sont un peu (beaucoup) en désordre; la faute au partage de photos avec les zozos/colocs.

Jardin typique et ses petits cochons (mignons hein? Dommage qu'ils soient bientôt mûrs pour la broche)